Biographie de Tadeusz Miciński (1873-1918)

Portrait du poète Tadeusz MicińskiTadeusz Miciński, un poète symboliste

Tadeusz Miciński (9 novembre 1873 – février 1918) est un écrivain polonais, dramaturge et poète symboliste issu du courant de la « Jeune Pologne ». Il fait des études d’histoire et de philosophie à Cracovie. Il s’intéresse aussi de très près à la religion et aux œuvres mystiques, qui sont pour lui source d’inspiration. Il évoque dans sa poésie des symboles chrétiens, comme le Christ et l’ange Lucifer, mais aussi des symboles des religions orientales et des religions antiques, notamment la religion grecque, quand il invoque le dieu Pan et les Néréides, par exemple, Prométhée ou encore la déesse Calypso. L’originalité de son œuvre fait de lui l’un des poètes les plus énigmatiques de la littérature polonaise. Son langage poétique, son style personnel et son imaginaire sont quelque chose de tout à fait nouveau à l’époque. Il réinvente le langage poétique, il rompt avec la régularité des rimes et crée une musicalité nouvelle. De plus, son univers mystique, rempli de symboles et d’images ésotériques, le rend proche des grands symbolistes européens, comme Stéphane Mallarmé, Maurice Maeterlinck, et le poète autrichien Georg Trakl. Ces symboles servent à traduire une vérité du monde : celle de la mort, celle de l’amour, celle du mystère de l’existence. En unissant le réseau de tous ces symboles, l’univers du poète prend tout son sens. Le poète, en effet, écrit dans une sorte d’incantation mystique, qui le rapproche des dieux et des forces inconnues de l’univers. Le poète cerne les puissances de la création divine, il essaie par la poésie de toucher le mystère de la création du monde. C’est pourquoi il invoque très souvent les dieux qui représentent la création et l’évolution humaine, comme Prométhée, et ceux qui symbolisent la destruction, comme Lucifer. Dans cette opposition, il essaie de se frayer un chemin : le poète est à la fois celui qui crée un monde par le langage poétique, mais c’est aussi celui qui le détruit pour reconstruire un monde sur la base de nouvelles harmonies. Sa poésie s’interroge sur le sens de la création : le poète éveille-t-il, en créant, des forces infernales, obscures, enfouies dans les abîmes de la terre et qui se manifestent sous la forme d’ouragans destructeurs, ou bien ramène-t-il à la vie la beauté antique et la promesse des paradis perdus ? La profondeur de sa poésie est indéniable, philosophique et religieuse, mystique et prophétique, en constante recherche d’harmonie, doutant, reniant la vérité établie, creusant le vide pour découvrir la seule vérité possible, celle de l’amour et de la beauté universelle. Tadeusz Miciński meurt probablement assassiné, lors d’un voyage en Biélorussie, sa terre natale, alors que des émeutes divisent la population. Ce qu’il faut retenir de sa poésie, c’est que le monde est un mystère avec des symboles à décrypter, et ces symboles renvoient tous au mystère de la création du monde. Mais seul l’œil averti du poète est capable de décrypter les signes et le sens caché des symboles. La poésie devient chez lui, en quelque sorte, un 6ème sens, un sens qui lui permet de percevoir la vérité des choses et le langage originel de la création, un langage qui évoque la puissance des comètes, la puissance des foudres et des orages illuminant le ciel. La poésie est le moyen par lequel il arrive à cerner l’existence de ces signes. La foudre, les orages et les comètes deviennent ainsi des signes divins, des signes qui témoignent de l’existence des forces créatrices et destructrices du monde. Le poète est une sorte de prophète moderne qui rend compte des symboles inscrits dans cette réalité, de ces symboles qui relient l’humanité au règne du divin. L’homme apparaît comme un être éphémère, perdu au milieu de ces puissances qui commandent l’univers et qui peuvent à tout moment détruire l’humanité. L’hermétisme de son écriture, qui rappelle, par moments, l’hermétisme du poète Stéphane Mallarmé, ne fait qu’accentuer l’impression que l’homme est totalement dépourvu face à l’immensité du monde. Le langage poétique ne peut exprimer que partiellement ce mystère, il ne peut en restituer l’apparence réelle et véritable : le poète cerne les traits du divin, mais il ne voit pas encore le visage de Dieu. Néanmoins, il reste au plus proche de cette vérité, il la ressent et il la perçoit au plus profond de lui-même, il sait qu’elle existe derrière les apparences. Le poète rend perceptible dans son poème ce que personne ne peut voir, il donne sens aux moindres détails de la réalité et à tous ces signes qui l’entourent. Il nous donne à voir les mystères de la création. Il est un médium de l’au-delà, comme se définissait aussi un autre poète, Arthur Rimbaud. La poésie lui permet de faire le lien entre la réalité des apparences et la vérité suprême du monde, qui ne sont qu’une seule et même chose.

CC BY-NC-SA

Image réalisée à partir d’un fichier appartenant au domaine public

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