« Mon âme descend dans les ténèbres », poème de Jan Kasprowicz

Scène de nuit, Carl Rudolph Krafft (1884 - 1938)

Mon âme descend dans les ténèbres

Hélas ! il me semble parfois,
quand je marche ainsi seul
Dans l’or paisible du crépuscule,
absorbé dans un rêve,
Que l’ombre allongée qui se lève
sous mes pieds, et qui couche son ombre
Sur le parterre de milliers d’herbes,
ne trouve pas son origine en moi.

Mais, qu’une vague du passé l’a fait venir,
ou des profondeurs émanant des jours futurs —
Là-bas, au loin, où la terre se termine —
il me semble qu’un règne inconnu
S’est penché depuis l’horizon lointain,
et que le soleil du jour qui brille, à présent,
En mourant, jette sur ces champs
l’ombre livide d’une autre existence.

La tristesse s’empare de mon âme, quand je pense
aux cimes mystérieuses perdues au loin,
Une peur lugubre cependant
me frôle et entre dans mon cœur :
Hélas ! je vois un abîme à mes pieds,
recouvert par les linceuls sombres
Des nébuleuses, qui respire et qui pousse
un souffle profond et tranquille…
Comme devant ce qui annonce le trépas,
tourné vers les pourpres du ciel,
   Je tremble dans le silence du crépuscule —
devant mon ombre même…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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