« Avant que le charme ne se brise », poème de Franciszek Pik (Mirandola)

stare_jablonie                  Avant que le charme ne se brise

Ne compte pas les étoiles que tu vois, mais regarde celles
Dont l’éclat, sur le ciel, te voile l’ombre de la terre,
Regrette les musiques qui retentissaient alors,
Quand tu suivais de ton oreille les mots dans un murmure de velours ;
Ces mots qui se dispersèrent dans le néant, avec le bruit
Mourant d’un luth, lorsque tu détournas ton regard de l’azur de ton âme.
Ces mots qui soufflaient, la nuit, au-dessus de ta tête,
Et qui désormais se sont cachés, quelque part, au fond de ton âme,
Ces mots même qui volaient comme des nuées de pigeons blancs
Au-dessus de la mer, et qui sont tombés au fond de l’abîme de saphir,
Regarde et reviens vers ces mots qui sont devenus la proie des éperviers.
N’écoute pas les plaisirs des sons, mais tends l’oreille aux cris
Qui hurlent sourdement dans ton cœur, la nuit ; ces cris
Qui, au creux d’un murmure, dans tes heures d’ombre et de solitude,
Te disent que tu souffres — ces cris, en vain, qui te blessent avec leurs griffes,
Et qui t’effraient avec l’abîme noir du désespoir! Attrape-les, ces cris,
Et conjure-les dans des mots, avant que le charme de l’instant ne se brise.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: pinakoteka

Publicités