« Nocturne », poème de Franciszek Pik (Mirandola)

Vue sur Overschie au clair de lune, 1872, Johan Barthold Jongkind

Nocturne
(Vision du printemps)

Printemps éclos. — Le lys ouvre son calice blanc. Sur le sol
Morne, les iris brillants ont fleuri. Ils ont des reflets
Bleus, qui changent, comme des étoiles précipitées à terre par le vent.
Dans les rayons blancs de la lune,
La rue, près du vieux parc,
                                                Somnole.

Le printemps ouvre avec crainte, et seulement de nuit, les calices
Des fleurs touchées par la faiblesse — j’entends sa douce respiration —
Et les arbres tremblent.
L’eau, devenue une rivière qui charrie des flots,
A l’éclat de l’argent désormais et ses reflets vivent.

Ah ! quand l’ombre de la nuit s’abreuve de tous ces éclats qui brillent,
Quand le blanc de la lune se déverse sur ce désert vierge,
À cet instant seulement, j’ai l’unique impression que les fleurs
Ont fleuri de toutes parts ! Et ma vision est en vie.

Car, le jour, elle se cache encore dans les brins noués du soleil,
Comme la tête d’un enfant malade dans ses boucles de cheveux blonds,
Et ouvrant de temps à autre ses yeux pâles et déteints,
Pour dessiner un cercle au sol, de son regard ivre et rêveur,
Le monde ressemble alors à une auberge abandonnée.

On ne voit plus rien, le printemps referme à présent son calice blanc,
Les iris lumineux ont fui l’herbe sombre et monotone,
Les peupliers sont seuls à couvrir la terre de leurs longs traits —
Dans les rayons blancs de la lune,
La rue, près du vieux parc,
                                                Somnole.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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