« Sérénade », poème de Tadeusz Miciński

Le Taj Mahal, à Agra, vue du jardin, 1801, Thomas et William Daniell

                           SÉRÉNADE

Des fleurs légères originaires de l’Inde, sais-tu
qu’elles fleurissent une fois en cent ans —
ô belle, sors de ta chambre,
comme la lune derrière les barreaux.
J’accorde et je joue sur ma harpe pour Toi
des mots, qui brûlent et scintillent comme du feu —
pourquoi ce gouffre te retient-il, cachée,
et pourquoi ne te relèves-tu pas des cauchemars ?
Ah, les imbéciles ne deviennent pas fous —
a dit le pauvre Will* —
les dieux pleurent en lui, les lions rient aux éclats
face aux instants éphémères de bonheur.
Et le chagrin le dévorait,
quand il pensait au visage d’Imogène*,
et il dépouillait les arbres de leurs fleurs,
et il jetait le vide — dans le néant.
Ô reine, sors et viens à moi,
bien que je porte un costume de mendiant —
alors tu verras Ton firmament s’éblouir
d’un fleuve torrentiel d’étoiles.
Cependant, le pauvre petit arbre se dessèche,
faisant germer une fleur morte —
et la chanson, peu à peu, se tait en moi,
comme un prisonnier derrière des barreaux.

*v. 10 : Will désigne William Shakespeare
*v. 14 : Imogène, personnage de la pièce « Cymbeline » de Shakespeare

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: catalogue en ligne

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