« Les roses mystiques », poème de Stanisław Wyrzykowski

Bacchante endormie, Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

LES ROSES MYSTIQUES

Des roses mystiques tombent dans l’obscurité,
Dans l’espace morne dépourvu d’étoiles ;
Leur éclat sombre me les fait suivre du regard
Jusqu’aux friches noires qui sont au loin.

Et je te vois, et derrière, des débris de gravier,
Jettent, sous la lumière, des lueurs et des reflets pâles;
Je te vois emportée dans un vent furieux,
Au milieu d’un tourbillon de feuilles qui s’embrasent.

Le bourgeon vierge de tes seins s’est flétri,
Ton corps séduisant a perdu sa chaleur ;
De tes mains mortes, tombent impuissantes,
Des roses mystiques qui se perdent dans l’ombre.

Ta chevelure ébouriffée par le vent,
Des souffles et des courants froids la caressent,
Et toi, tu cherches mes yeux, perdue comme en rêve,
Mais le fond de ton œil est funeste.

Tu tournes, tu t’envoles et te tords comme un serpent,
Dans le tourbillon des feuilles mortes,
Tes yeux me cherchent et me cherchent encore,
Et de tes mains, tombent des roses.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public

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