« Trois barques », poème de Stanisław Wyrzykowski

La lune au-dessus de l'eau, Fritz Grebe (1850-1924)

                         TROIS BARQUES

Trois barques blanches avancent sur les eaux,
Quelque part, sur ces profondeurs mortes, et dérivent
Dans un brouillard où l’œil ne discerne plus rien.

La première d’entre elles, revêtue d’une toile
Pourpre — avance avec une rame en or, et fait jaillir
Sur les vagues, des étincelles et des éclats.

Puis vient la seconde, plus lente, plus sinistre,
Qui traîne derrière elle ses ailes noires de repentance,
Comme des voiles flottant sur un fond de verre.

La troisième enfin, portée par les vagues,
Avance et se dirige, sans rames et sans voiles,
Vers la tempête qui se déchaîne dans l’obscurité.

Mon amour mort se trouve dans la première,
Ma vengeance repose dans la seconde,
Et dans la troisième, il y a mon cœur — —

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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