Biographie de Maria Komornicka (1876-1949)

portret_kobiety_2Maria Komornicka est une poétesse, romancière et critique littéraire, née le 25 juillet 1876 à Grabów, en Pologne, et morte le 8 mars 1949 à Izabelin, près de Varsovie. Elle est considérée comme une grande figure du modernisme littéraire. Ses parents, Augustyn Komornicki et Anna Dunin-Wąsowicz, étaient très attachés à l’éducation de leur fille et ils ont contribué à son talent littéraire. En 1889, elle s’installe avec sa mère et ses 5 frères et sœurs à Varsovie, où elle suit des leçons chez des enseignants réputés, notamment le professeur Piotr Chmielowski qui l’initie à la littérature. Maria Komornicka étudie aussi à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni, pendant quelques mois. Elle est introduite dans les salons mondains de Varsovie par son cousin Bolesław Lutomski, avec qui elle avait des liens d’amitié très forts.

Maria Komornicka débute sa carrière en 1892, en écrivant pour La Gazette de Varsovie [Gazeta Warszawska]. C’est le début d’une époque de grande création littéraire. En 1894, elle publie une série d’« Essais » poétiques [Szkice]. En 1895, elle écrit la pièce « Les Offensés » [Skrzywdzeni] dans la Revue de Poznań [Przegląd Poznański]. En 1895, elle publie avec Cezary Jellenta et Wacław Nałkowski le manifeste littéraire « Les Avant-postes » [Forpoczty], un manifeste qui réfléchit à l’évolution psychique, artistique et créative de la société. En 1898, elle se marie au poète satirique Jan Lemański, qu’elle quitte 2 ans plus tard. Jan Lemański avait des problèmes psychiques et il avait tenté de tirer sur Maria Komornicka pendant leur voyage de noce. En 1900, elle publie le recueil de poèmes « Contes et psalmodies » [Baśnie i psalmodie]. En 1901, elle fait paraître par épisodes le récit « Halszka » dans la revue La Voix [Głos]. Mais cette publication est interrompue assez vite. En 1903, paraît le récit « Les Possédés » [Biesy], d’inspiration autobiographique, qui pose les éléments d’un mal existentiel et qui annonce le début de sa folie. Elle fait un voyage à Paris.

Par la suite, elle écrit et collabore avec la revue La Chimère [Chimera], où elle publie des poèmes et des critiques littéraires sous le pseudonyme Włast (Piotr Włast, le nom de son ancêtre). Elle adopte ce pseudonyme en 1907, alors qu’elle fait face à une crise d’identité qui bouleverse sa vie et où elle affirme être un homme. Edward Boniecki explique dans son livre cet épisode de son existence : en juillet 1907, elle se rend avec sa mère dans la station balnéaire de Kołobrzeg et sur la route, dans un hôtel de Poznań, elle réclame des vêtements d’homme en invoquant la relation avec sa sœur Aniela. Après avoir brûlé ses vêtements de femme, la mère « revenue dans la chambre d’hôtel, (…) y trouve sa fille allongée dans le lit, changée cependant en homme, et elle voit de loin son costume de femme qui finissait de brûler dans la cheminée. » A partir de cette époque, Maria Komornicka signe ses écrits du nom de Piotr Odmieniec Włast, ce qui a suscité un scandale. Dans un essai sur Oscar Wilde, paru dans La Chimère [Chimera], la poétesse reprend cette thématique de l’identité et de la recherche de l’amour, qu’elle voit comme une manière de s’affirmer en tant qu’écrivain, comme l’a aussi fait George Sand.

Dotée d’une nature riche, d’un caractère fort et orageux, Maria Komornicka a été reconnue à l’époque comme atteinte de maladie mentale et elle a passé de nombreuses années dans des hôpitaux psychiatriques jusqu’en 1914. Elle voulait que son entourage reconnaisse son identité transgenre. Après sa sortie d’hôpital, elle fait paraître son dernier recueil, « Le Livre de la poésie idyllique » [Xięga poezji idyllicznej], qui rassemble des poèmes datés de 1917 à 1927, et le poème intitulé la « Non-biographie » [Niebiografia]. Maria Komornicka a souvent adopté dans son écriture le vers libre. Au cours des années, elle a écrit de manière irrégulière et ses écrits sont éparpillés dans plusieurs revues. À Grabów, elle passe les dernières années de sa vie en isolement partiel. Elle meurt dans un institut médical à Izabelin, en 1949. Maria Komornicka visait dans son œuvre l’autoréalisation, la complétude et le bonheur individuel. Les thèmes de ses poèmes tournent autour des principales préoccupations du courant de la Jeune Pologne : le « néant », le « vide », la « joie de vivre » et la « folie ». De son temps, elle a publié auprès d’autres grandes figures féminines de la poésie polonaise : Maryla Wolska, Kazimiera Zawistowska, Bronisława Ostrowska, Zofia Nałkowska, Maria Grossek-Korycka et Marya Szpyrkówna.

CC BY-NC-SA

Image domaine public: pinakoteka

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