« Au croisement des routes », poème de Maria Komornicka

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Au croisement des routes

Où vas-tu ainsi nue ?
— Chercher le manteau cousu avec les bourrasques d’étoiles.
— Tu es seule ? — les derniers lambeaux de dépouilles pourrissent à l’air libre.
— D’où viens-tu ? — Dans les marais de la mort, la fleur libère son parfum, danse et brille.
— As-tu faim ? — Mes entrailles ont été dévorées par les vautours de la convoitise.
— Veux-tu fuir ? — Un regard froid, pesant, me poursuit depuis cet abîme.
— Tu avances sans regrets ? — Tes enfants ne pleurent pas la perte de leur mère.
— Reviendras-tu sur tes pas ? — Dans cette âme, des taillis rêveurs sont éclairés par la lune,
Et tu sentiras l’éclair de la peur absolue, quand sa lumière traversera ta poitrine.
— Arrête-toi, un instant. — La paille récoltée à l’automne brûle la plante de mes pieds.
— Je te prendrai dans mes mains. — Non, tes yeux sifflent comme ceux d’une vipère.
— Tu es très belle ! — Tout ce qui meurt est beau — quand on le voit passer dans le temps.
— Pousse donc la porte de ton ancienne demeure. J’y ferai un feu de bois noir.
— Ton feu fait trop de fumée — et j’entends de trop près les cris des loups.
— Tu es des nôtres, pourtant ! — Je l’étais, autrefois. Aujourd’hui, je suis libre, seule, je n’appartiens à personne.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: pinakoteka

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