« Nocturne », poème de Marya Szpyrkówna

Zmrok, 1900, Jan Stanisławski

Nocturne
(Musique)

Où ce rêve,
            où est-il ?…
ce doux murmure
            dans la nuit calme ?…
Où ce frisson
des arbres qui rêvent,
            et ces lilas
            aux senteurs sauvages ?…
Où est-il, ce mois de mai,
            et son charme, où est-il,
où donc se trouve mon rêve d’or ?…
                        Dites, où ça ?…
                        où est-il… dites…
Ces jours-là ne sont plus
mais l’automne, le brouillard —
et dans ce brouillard au creux de la nuit,
quelque chose se plaint, et sanglote…
quelque chose qui vibre et se tord, et qui crie
comme l’éclat dissonant des cordes,
ou le son plaintif d’une cloche brisée…
Et le cri disparu dans les
profondeurs de cette âme en peine —
réveille là-bas le choeur
doré des heures anciennes :
tous ces jours déjà passés,
et tous ces rêves dans la nuit douce,
et dans l’obscurité des arbres, ce murmure
et l’odeur enivrante des lilas…
            Les brouillards sont emplis
            d’un étrange murmure —
            l’âme ne répond
            que d’une plainte étrange…
Et la vue du bonheur à travers ce brouillard
se verse dans l’âme, qui ainsi —
                        Oh, pleure…
                        pleure… et pleure…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original issu du recueil « Zwrotki jesienne » (1911)

Image domaine public: pinakoteka

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