« Dans l’immensité, sonne la cloche… », poème de Marya Szpyrkówna

  Ruines de Kenilworth, 1876, Gustave Doré

Dans l’immensité, sonne la cloche argentée
depuis le lointain vers le monde, quelque part…
— Partez depuis les quatre coins du monde
car, des grands rois voici que le trône
attend depuis longtemps un souverain !… —
— À l’appel de la cloche argentée, ils vont,
enfants d’une ascendance royale ;
ils vont depuis des régions proches et lointaines —
mais, ô merveille !… n’est-ce pas sur les degrés du trône,
le sang par taches qui brille, couleur de rouille ?…
Ô miracle, mais : le pâle délice des perles,
de la couronne, ce n’est pas lui qui orne l’or :
(une étrange lignée de rois, là-bas, régnait)
— par le fond de la précieuse couronne,
ce sont d’âcres épines qui se mêlent ?…
Sur le sang et les ronces, ils posent leurs regards,
princes et vassaux —
et, tout emplis de craintes étranges,
ils mènent, muets, un pas hâtif
plus loin depuis les tristes seuils…
Et c’est en vain que le fameux trône reste ainsi
pendant de longues et de très longues années —
et d’un ton de plus en plus calme, retentit
quelque part la cloche sonnant depuis les cieux
sur tous les confins du monde…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original issu du recueil « Zwrotki jesienne » (1911)

Image domaine public: wikimedia

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