« L’offrande », poème de Marya Szpyrkówna

Entourage de courtisanes au festival de la nouvelle année, 1782-1788, Kitagawa Utamaro

L’offrande

— Toi, le plus haut parmi les plus grands de la société,
et parmi les plus petites, moi la toute petite…
C’est comme un souverain sur son trône oriental,
et une petite geisha qui danse…
Toi, sur ton front brille l’or du laurier,
— signe de l’élu divin…
— la fleur du chrysanthème, symbole de tristesse,
pour la geisha qui s’apprête à danser…
Depuis la haute gloire de ton Olympe, tu observes
le monde de fourmis des hommes — —
et comme il te semble petit, notre monde,
telle une parade de poupées qui dansent…
Devant toi, tellement il en passe… tellement par…
centaines — — — milliers — — — millions — — —
Parfois tu en regardes une, un instant, puis lassé
tu détournes tes yeux fatigués…
Et tu vois plus loin, là dans le ciel bleu où passent
les formes issues de ton inspiration…
après cela, tu te fiches pas mal qu’il y ait une vie là-bas,
qui se trame dans un manège ennuyeux…
— Alors, que peut bien te faire que tout en bas il y ait,
plus triste que les fleurs les plus tristes,
et qui danse sa danse avec la foule du peuple,
une petite geisha, à toi inconnue…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original issu du recueil « Zwrotki jesienne » (1911)

Image domaine public: wikimedia

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