Biographie de Romuald Minkiewicz (1878-1944)

Les premières années de sa vie, le début de sa création…

Romuald Minkiewicz (27 janvier 1878 – 24 août 1944) est un biologiste et homme de lettres polonais, poète, essayiste et dramaturge, connu aussi sous les pseudonymes de Kazimierz Romin, Romuald Romin et «Marmeladka». Son intérêt pour la nature, Romuald Minkiewicz, Autoportraitnotamment pour la faune aquatique, se manifeste dès sa jeunesse et se poursuit tout au long de ses études : en 1895, il s’inscrit en Biologie à l’Université de Saint-Pétersbourg; en 1900, il obtient un poste d’assistant en zoologie et anatomie comparée à l’Université de Kazan, où il finit son doctorat en 1904. Son activité littéraire se révèle dans la fin de cette période, pendant les rencontres culturelles qui réunissent la communauté polonaise à l’étranger. La carrière littéraire de Romuald Minkiewicz débute précisément en 1903, alors qu’il a seulement 25 ans, avec la publication de poèmes dans de nombreuses revues. Son œuvre rassemble à la fois des études critiques sur Stanisław Wyspiański, Jan Kasprowicz et Leopold Staff (Aux portes éternelles de la tristesse [U wieczystych wrót tęsknicy], 1910), des pièces de théâtre (La Reine des Mers [Królewna Morza], 1911 ; Lucian [Lucyan], 1911) et des recueils de poèmes (Au bord de la mer [Nad morzem mojem], 1911 ; Chants et lettres d’amour [Listy miłosne i pieśni], 1922).

L’exil à l’étranger et l’engagement politique

Dès cette époque, il commence des travaux scientifiques et il entreprend des recherches en hydrobiologie dans des stations d’eau douce, puis dans des stations maritimes, notamment à Villefranche-sur-Mer, de 1902 à 1904, et à Banyuls-sur-Mer en 1903. Depuis 1898, il fait aussi partie du PPS (Parti Socialiste Polonais) : suite à cet engagement politique auprès des militants socialistes, il est arrêté à Saint-Pétersbourg en 1899, et à Kazan en 1902, et emprisonné à Varsovie en 1905 pour avoir participé aux événements révolutionnaires en tant qu’activiste de la section de combat du PPS. Il est alors âgé de 27 ans. Après sa libération, il fait un séjour à Zakopane, au sud de la Pologne. L’année 1905 correspond à un tournant dans sa vie et marque le début d’une longue présence à l’étranger qui va jusqu’en 1917. Il travaille d’abord dans des stations océanographiques en France et en Belgique ; il poursuit une partie de ses recherches à Villefranche-sur-Mer, de 1905 à 1906. Pendant son exil politique à l’étranger, entre 1906 et 1917, il vit à Paris chez Bolesław Limanowski, puis il est tour à tour présent à Rostov, de 1906 à 1907, à Monaco, en 1909, puis Paris et Bruxelles. Il ne perd jamais de vue pour autant ses convictions de libre penseur.

Son retour au pays natal

Son retour au pays natal, en 1917, lui permet de consacrer entièrement sa carrière à la science — professeur de sciences naturelles, de 1918 à 1939, à Varsovie, directeur de l’Institut M. Nencki, de 1926 à 1931, rédacteur de la revue « La Pensée Libre » [Myśl Wolna], et fondateur en 1920 de l’Association des Libres Penseurs Polonais [Stowarzyszenie Wolnomyślicieli Polskich], dont il restera membre jusqu’à sa mort. Il rédige pendant sa carrière divers travaux scientifiques. On en dénombre en tout 65 : ses travaux visent l’analyse du comportement de l’organisme des animaux compris comme une unité, en réaction à son environnement, c’est-à-dire des moyens utilisés pour s’adapter à cet environnement, qu’ils soient morphologiques (la forme, la couleur, la taille), physiologiques (les mouvements, les rythmes internes, le métabolisme), éthologiques ou psychologiques (les instincts, les habitudes, la mémoire, l’orientation dans l’espace, les relations avec les autres organismes vivants). Sa passion pour le monde aquatique aura une incidence sur sa création, puisqu’on retrouve cette thématique dans une partie de ses œuvres, notamment dans la fable La Reine des Mers et dans le recueil de poèmes consacré à la mer baltique, Au bord de notre mer. La quête du paysage marin traduit chez lui l’inquiétude face à l’exil.

La quête de la liberté dans son oeuvre

Certains de ses écrits se rattachent, par ailleurs, à une interrogation sur son rôle de militant et jettent le doute sur l’efficacité des luttes d’ordre politique : ainsi, la pièce intitulée Lucyan fait resurgir la thématique de la révolution russe de 1905, tout en étant le moyen d’exprimer sa réserve vis-à-vis du Parti Socialiste Polonais (PPS). De même, la pièce La Reine des Mers (1911) illustre la thématique d’une lutte sans espoir d’éléments naturels, symbolisant les rêves des hommes et leurs idéaux, en lutte face aux puissances monstrueuses représentées par des chevaliers de pierre et de métal, symbolisant l’oppression politique qui étouffe l’existence des peuples et des êtres humains. De manière plus large, ses livres fonctionnent comme le reflet de son idéal humaniste, à savoir reflétant sa confiance dans la seule force humaine, qui est la volonté, la confiance dans la liberté de l’être humain et la recherche constante d’une communion d’âme et d’espritJan Kasprowicz, Stanisław Wyspiański et Tadeusz Miciński sont les auteurs qui constituent les trois sources de cette thématique. Il décède le 24 août 1944, à la suite d’une blessure de balle d’un soldat allemand : il est blessé au genou, alors qu’il tente de fuir l’insurrection de Varsovie et de sauver des archives personnelles laissées en dépôt à l’Institut Nencki. Il est enterré au cimetière Czerniakowski de Varsovie.

CC BY-NC-SA

Image: domaine public

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