« Le chemin », poème de Władysław Orkan

Tigre dans une tempête tropicale (Surpris!), Henri Rousseau, 1891

Le chemin

Mon chemin est bien triste,
À travers le vide, par la tempête —
Il n’y a qu’une seule petite lumière
Qui brille pour moi sur le firmament…

Je marche déjà depuis si longtemps!
Le terme de mon parcours me semble si loin!
Mon âme épuisée a l’impression d’avancer
Empêtrée dans la boue, depuis des siècles…

Le plaisir que j’ai rencontré jadis
S’est perdu quelque part dans tout ce tracas —
La misère seule demeure près de moi,
La misère du corps et celle de l’âme…

Au plus profond de mon cœur, je doute même
Que j’aie pu, un jour, voir le soleil —
Alors que mon âme s’enlise et plonge
Dans ces ombres qui s’obscurcissent…

J’avais rêvé d’un autre chemin
Dans les dessins de mon enfance —
Je me voyais comme un danseur, avancer
Dans des clairières pleines de soleil —

Je pensais pouvoir, comme un jeune dieu,
Me rouler dans une tourmente de fleurs,
Et confronté à n’importe quelle angoisse,
Que j’aurais su frayer seul mon propre chemin…

Voici que je me vautre, ah,
Dans ce brouillard, dans cette tempête,
Et la seule lumière que je vois, là-bas,
C’est l’étincelle de l’espoir…

Et la seule lumière que je vois, là-bas,
Je m’y accroche pour être plus fort sur la route —

Et si ce n’était qu’une illusion de la brume,
Ou rien que des yeux de loup — ?

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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