« Les cygnes blancs », poème de Bogusław Butrymowicz

Friedrich Karl Ströher-Cygnes dans un parc-1910LES CYGNES BLANCS

Sur l’eau d’azur et pâle,
où le courant se déplace rêveusement,
comme une pensée qui erre pendant l’éternité,
s’avançaient des cygnes blancs…

L’été faisait tomber les fleurs de tilleuls
sur la blancheur de neige éblouissante de leurs ailes —
à travers le silence… et l’immense tristesse de l’eau,
s’avançaient des cygnes blancs…

Sur l’eau d’azur et pâle,
sur le calme endormi des flots égarés,
dans un long rang plein de mélancolie,
comme le chagrin blanc du Christ,
dans un regret que les larmes n’ont jamais exprimé —
s’avancent des cygnes blancs…

Le soleil d’or lance des reflets opaques,
un duvet léger tombe parfois depuis les tilleuls,
et dérive, en se posant sur les flots tendres.
En silence — au milieu de ce lieu plein de mystère,
comme l’incarnation des larmes et des regrets,
s’avancent des cygnes blancs…

Élevant bien haut leurs cous recourbés,
le regard absorbé sur le bord abrupt de la rive,
sans cesse en cercle, comme s’ils étaient perdus,
à travers les filets d’eau muets et ensorcelés —
toujours les mêmes de siècle en siècle,
s’avancent des cygnes blancs…

…Voilà que de nouveau leur nuée blanche défile,
sans un bruit d’ailes, sans éclabousser l’eau —
j’ai l’impression qu’à l’intérieur de ma tête
s’avançaient des cygnes blancs…

Blancs, et silencieux… et purs,
suivant toujours une même ligne étroite,
dans le sanctuaire envoûté par le rêve —
s’avançaient des cygnes blancs…

Et je ne sais plus : si c’est un rêve,
ou le temps qui s’est arrêté ?
la vague des souvenirs heurte le bord de la rive,
et avec elle, élevant leurs cous somptueux,
des cygnes blancs dérivent…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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