« Ad Patres », poème de Władysław Bukowiński (Selim)

Thomas Cole_Le Cours de l'Empire_1836AD PATRES

Que le sang ait tiédi dans vos veines,
      Et que la voix manque dans vos poitrines,
C’est pourquoi vous voulez étouffer le chant puissant
Qui, comme le bruit du vent dans les jeunes chênes,
Est témoin de la vie et un chant qui la réveille
      Parmi les nombreux signes du chaos.

Que votre regard fatigué se soit affaibli,
      Tout vous effraie, tout vous fait peur —
Vous voudriez que nous marchions du même pas
Que ceux, qui voient déjà l’obscurité des tombes…
La colère vous agite et vous tourmente, de voir que
      Nous élevons nos yeux jusqu’aux autels de l’idée.

Dormez, si vous avez tant besoin de sommeil,
      Vous savez bien que personne ne vous l’interdit,
Mais ne nous forcez pas à nous soumettre à vos exigences,
Car il n’y a plus de place pour nous, là-bas ;
Ne nous dérangez pas, pour dire que le siècle vous aveugle,
      Il saura courir derrière notre vérité.

Laissez la jeunesse vivre son âge,
      Avoir ses propres désirs, ses propres buts,
Tisser des rêves d’or avec des fils magiques,
Combattre, aimer, travailler et rêver,
Croire au pouvoir de la connaissance et de l’action,
      Devant quoi tout se soumet !…

Laissez-nous aller de l’avant, ah, de l’avant,
      Réduire en poudre la chaîne des préjugés,
Laissez-nous croire qu’une aube radieuse doit se lever,
Laissez-nous arracher nos propres feuilles de laurier,
Et, avant que ces feuilles de laurier ne se fanent,
      Vivre en toute liberté dans l’espace lumineux…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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