« Le passé parle », poème d’Edward Leszczyński

Ary Scheffer_Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile_1855

 

 

 

 

 

LE PASSÉ PARLE

Ce n’est pas vrai de dire que je suis déjà morte,
c’est un mensonge, mon cher, n’y crois pas, —
je me suis juste arrachée de tes bras,
qui ont faibli dans une étreinte sans force.

Ne te mets pas en colère, non ; cela ne veut pas dire
que tu as succombé à ton destin douloureux ;
ce n’est pas la première fois que je m’échappe, ainsi,
de bras vigoureux, pour fuir vers l’éther incorporel.

J’ai pris avec moi tout ce que j’aimais,
tout, tout ce que tu disais t’appartenir —
regarde, ce sont mes royaumes enchantés,
peuplés par des nuées de rêves et de souvenirs.

Là-bas, dans ces mondes dominés par mon oeil attentif,
les ombres des instants défunts continuent de vivre,
ils regardent tous avec un visage semblable au tien,
ils tournent sans fin autour d’une étoile errante.

Le cortège tourne et tourne autour de l’étoile,
une foule de spectres absorbés dans leur propre reflet,
et l’horloge des baisers perdus
marque les heures lugubres de la mémoire —

Il n’est donc pas vrai de dire que je suis déjà morte
— Car il suffit seulement que ton cœur batte —
je me suis juste arrachée de tes bras,
mais je continue de vivre sous l’étoile de la mémoire.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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