« Près de la lune », poème de Władysław Bukowiński (Selim)

Paysage idéal du sud au clair de lune, Anonyme, 17ème (fragment)PRÈS DE LA LUNE

Les azurs du ciel brûlaient déjà
      De mille étoiles,
Le monde se noie, entièrement endormi,
      Dans le brouillard de l’ombre,
Sur ma fenêtre, la lune envoie
La lueur tremblante d’une flamme d’argent.

Quand cet hôte de lumière
      A franchi ma porte, les sifflements,
Les pleurs et les cris du vent,
      Se sont tus, à l’instant…
Il a amené avec lui des nuées de rêves,
De chimères d’or et un bouquet de souvenirs.

Il a amené, avec lui, l’oubli
      De l’éternel chagrin,
Le souffle doux venu d’autres univers,
      D’autres étendues,
Où règne un calme divin,
Où toute douleur a pour de bon disparu.

Il a orné mon front d’une couronne d’argent,
      À travers la fenêtre…
J’élevais et je tendais vers lui
      Ma main tremblante,
Et doucement, tendrement, je disais
Avec une voix caressante :

« Bienvenue, bienvenue, hôte aimable,
      Vieux compagnon !
Pourquoi es-tu pâle, blanc comme un essaim
      De fantômes sortis d’une tombe ?
Comme les sépulcres, les songes froids,
Pourquoi es-tu pâle, vieux compagnon ?

Je ne comprends pas le langage silencieux
      De tes rayons de lumière…
Es-tu triste, là-bas, dans l’espace,
      Pour que ton regard
Soit, à ce point, triste et sévère ?
As-tu peur de l’ombre de la terre ?

Est-ce qu’une plainte douloureuse
      Frappe tes oreilles ?
Est-ce que la voix de la misère
      S’adresse et parle à ton âme ?
As-tu entendu le battement de la douleur ?
Est-ce que le destin humain sait t’émouvoir ? »

Mais le bouclier pâle de la lune
      S’éloigne dans le ciel,
Et répond dans un silence,
      Il ne pense pas que les mots sont utiles…
Il navigue au loin sur les plaines
d’azur du ciel, vers l’horizon brumeux…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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