« L’aurore est déjà là », poème de Tadeusz Miciński

Lever de soleil au bord de la mer, Ferdinand du Puigaudeau (1864-1930)L’AURORE EST DÉJÀ LÀ

L’aurore est déjà là… Des pourpres sur le ciel.
L’aurore est déjà là… Des visions nocturnes continuent de m’effrayer.
Est-ce un rêve ? une illusion ? ou bien des sortilèges ?
mon âme creuse sa propre tombe.
Mon âme est blanche de stupeur,
comme ces brouillards froids, au-dehors —
mon âme a peur de son ombre —
cette ombre est rouge de douleur.
Les oiseaux se réveillent — mais moi, j’entends :
comme des larmes qui perlent dans mon cœur —
je penche mon front — vers l’immensité du silence —
mon cœur s’envole au loin —
mon cœur se déchire en s’envolant au loin —
voilà qu’il prend bientôt son bâton de pèlerin, —
il recueille ses larmes dans une vasque en pierre, —
quand il mourra — Dieu seul pourra dire leur nombre…
[Surtout, ne pleure pas — ne tords pas tes mains —
libère-toi des rêves funestes —
il y a une force qui nous protège de la perte —
une force qui nous est chère,  — et chère à nos cœurs.]
.           .           .           .           .           .           .           .           .
Voilà qu’un Ange descend parmi les brouillards,
il les entoure de ses ailes —
il les bénit sans faire de taches
sur la poussière, ni sur le sol lourd et misérable.
Comme une mer claire et endormie,
qui brille de reflets bleus, violacés,
les brouillards flottent comme des vagues
sur le ciel, aux éclats d’or de la lumière qui scintille.
Soudain, ils deviennent roses,
comme enflammés par le bonheur —
c’est ainsi que Te peint un cœur fervent
dans ses prières, ô très Sainte Reine :
dans un anneau de brouillards dorés, verdoyants,
une rose de feu écarlate qui étincelle, —
ouvre et tend ses ailes au-dessus du monde —
ou plutôt quelque part, à la frontière des autres mondes.
Des arbres, comme des îles de corail
ensorcelés, inconcevables —
des nuages, comme de saintes vapeurs d’encens,
rouges à l’intérieur, et lilas.
.           .           .           .           .           .           .           .           .
On entend juste un bourdonnement derrière la vitre, —
c’est un papillon qui vole vers la liberté —
envole-toi — il est parti vers les jardins —
envole-toi — et donne mes amitiés au soleil.

Ô soleil — Tu es le roi de la Terre !
Ô Dieu — Tu es le soleil du monde !
Ô mon âme — Tu es le messager des dieux !
Ô cœur — Tu es le seul éternel — chagrin.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

Publicités