« Lettre », poème de Stanisław Wyrzykowski

Coucher de soleil en hiver, Arkhip Kuindzhi, 1890LETTRE.

Mon âme ne se rappelle plus de rien à ton sujet,
Elle s’est endormie dans ses rêves, égarée dans le désert,
Sous un ciel sourd comme un bouclier de plomb,
Enfermée, comme la flamme, sur son supplice.

La tristesse ne l’envoûtera plus jamais,
De t’avoir, lumineuse, reposant sur un chevet en or,
Frissonnant dans les étincelles des étoiles — comme une vague
Dans les roseaux, qui s’illumine quand le vent l’enveloppe dans un rêve.

Et je souffre que mon âme, sans toi, ne puisse pas
Se libérer, comme un feu qui a des ailes, et que chacune
De ses pensées ne puisse resplendir en un miracle et une aurore —

Je souffre et je me demande, absent au fond de moi-même,
En regardant la mer sombre allant vers l’autre monde,
Si cette barque s’approche enfin — et si elle vient vers moi ?

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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