« Etat d’âme », poème de Maria Komornicka

Diana sous un arbre, 1878, Hans Thoma                                          ETAT D’ÂME

Les jours passent, les mois, les années… J’attends. Mais quoi ?…
Au loin, des nuages défilent, des vagues, des parfums… Je rêve. De quoi ?
Je reste pensive à longueur de journée, avec un air de prophète,
Ou bien dans la folie des élans vides, je dis des bêtises comme un polichinelle.

J’attends, je rêve, je songe. Mes narines hument au passage l’odeur des fleurs,
Et l’odeur des cendres. Le printemps qui revient s’insinue, en silence,
Entre dans mon cœur — haletant. La passion grandit avec l’arrogance.
Mai est en fleurs… Les roches des univers s’écroulent avec fracas.

Je ne fais rien, je languis, j’attends… j’attends sans cesse — et je brûle,
Chaque instant peut libérer une force secrète,
Me précipiter dans la mer d’azur des passions —
Ou dans la cohue folle des combats… dans la vie ou dans la tombe…

J’attends, volontaire éternelle de la vie. Que se penche sur moi,
Dans un signe du thyrse, la folie des bacchantes… Ou alors que l’Idée
Appelle, à genoux, toute en sang : « Viens avec nous, ou bien c’est notre perte ! »
Ou que l’au-delà, à l’instar de Médée — m’apprivoise et m’enchante…

J’attends — une flèche d’or tendue sur la corde des désirs.
Je cherche une cible… comme un pigeon dans les azurs ensoleillés…
Les baies du bonheur — sur les granits arides de l’existence —
Ou un ennemi — sur la plaine misérable de la Pitié…

Mais d’ennemis… il n’y en a pas. Le plaisir — le bonheur — sont tout aussi absents.
Les cieux uniformes — l’enfer seul se plaint et gémit…
Dans le cœur des hommes, des larmes — du sable — et de la boue — la peur va geindre…
Les portes du paradis sont fermées — — la Terre farouche, repoussante.

Dans le brouillard de la légende, le jour des sortilèges. Le nouveau ne s’est pas levé.
Les étoiles se sont éteintes, le soleil n’a pas encore brillé —
Le silence des tombes — le marché, plein de voix dissonantes. Les voix des poètes se sont tues,
Dieu est mort, l’Antéchrist n’est pas apparu sur la Terre.

La folie païenne dort dans l’étreinte éternelle du Nirvana,
L’esprit a perdu les ailes noires, insolentes, de Lucifer…
Le symbole des passions libres — une courtisane que l’on poursuit,
Et la pensée — retenue dans les bras misérables, infâmants, de la foule…

Je cherche… je rêve… je ne fais rien, je brûle et je tremble…
L’attente sans fruits, consciemment vaine, dévore
La jeunesse — déchire les nerfs… Seul le désespoir s’amasse,
Parce que du pouvoir de Crésus — il ne restera qu’une poignée de cendres…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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