« Le découvreur des mondes d’or », poème de Leopold Staff

La Barque Mystique, 1890-1895, Odilon RedonLE DÉCOUVREUR DES MONDES D’OR

À la mémoire de Paul Verlaine

Avec une âme généreuse comme les blés, naïve comme les fleurs…
Vivait un poète, indomptable oiseau dépourvu de gîte,
Il aimait l’amour, l’océan et les cloches des départs,
Et il rêvait tristement des mondes d’or, des mondes inconnus…

Il était propre, mais possédé par l’habitude de boire de mauvais breuvages,
Il commit beaucoup de fautes… Il s’acquitta envers le destin
De la dette de l’inimitié — par des années d’hôpital et de peines de prison,
D’où il sortit réconcilié à la fois avec le brigand et avec Dieu.

Jusqu’à ce qu’il vieillit… Languissant, comme une barque restée au port,
Il commença à peindre dans sa chambre avec de la poussière d’or,
Les portes, le lit, la chaise où il changeait la tristesse en chanson,
La fenêtre et l’ombre de papier d’une lampe d’occasion…

Et il a découvert son monde d’or — ce découvreur naïf,
Dans le vaisseau de sa chambre, il naviguait dans la profondeur de ses songes…
Sur une vague de rêves au millieu des îles d’or, un vin bienfaisant,
Qui berçait comme la mer, portait le bienheureux…

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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