« Une réponse simple », poème de Władysław Orkan

Władysław Ślewiński, La mer à Le Pouldu, env. 1896UNE RÉPONSE SIMPLE

Quel monde, ô mon âme,
T’as posé sur mon chemin, et qui fait
Que depuis les premières années de ma vie
Jusqu’à aujourd’hui, je marche à tes côtés ?

Es-tu née des vagues de la mer,
De l’étreinte de leurs épaules dans l’eau,
Pour qu’il y ait en toi tant d’abîme, de distance,
Et de signes insaisissables ?

Es-tu sortie des bois près de moi,
Un soir d’été calme, dans un souffle,
Pour qu’il y ait en toi autant de paroles,
Qu’il y a de murmures secrets dans le bois ?

Es-tu née des mélodies de la terre,
De quelques bruits aériens, pour
Que tu aies retenti dans un chant, haut et fort,
Dans les cris et les plaintes d’une musique ?

Est-ce le vent qui t’a emportée là, depuis
Les sombres horizons, enveloppée de pleurs muets,
Pour qu’une chose sans cesse en toi se lamente,
Erre et se plaigne ?…

« Je ne viens ni d’une terre étrangère,
Ni des rêves silencieux de la lune,
Je n’ai pas été découverte par les profondeurs
De la mer, ni l’aurore au visage pâle !

Une vague ne m’a pas portée dans les airs,
Avec elle, depuis des horizons inconnus !
Mais j’ai poussé avec la vie, près de toi,
Ici, sur cette terre…

Le chagrin d’une femme m’a bercée,
Et les larmes des enfants qui n’ont pas de maison,
Et la vague ne caresse pas avec tant d’amour
Le radeau qui se noie au fond de l’abîme !

Et ma sœur jumelle, l’Infortune,
Reposait avec moi dans le berceau —
C’est l’épidémie, soufflant depuis les champs,
Qui nous a bercées ensemble…

Ma sœur s’est assise très tôt
Sur les générations des tombes —
Moi, je me suis envolée, envoûtée dans un rêve,
Et le vent soufflait près de toi…

Suis-je née de l’indifférence des trônes,
Qui presse les enfants au tombeau —
Je ne sais… Mon père est la douleur des millions,
Et ma mère, la misère éternelle… »

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: pinakoteka

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