« Mon péché », poème de Kornel Makuszyński

Baignade des nymphes, Carl Spitzweg, 1865

 

 

 

 

 

 

MON PÉCHÉ

J’ai perdu mon péché, le plus précieux de tous mes trésors,
Alors que je poursuivais une naïade nue entre les rochers,
Lui arrachant de mes mains, en courant, des épis de tresses d’or,
Faisant saigner, comme un fou, mes lèvres avec mes dents.

J’ai perdu mon péché. Un éclat trouble couvre aujourd’hui mes yeux,
Je n’entends rien et je marche comme un homme pris par la fièvre ;
Comme des oiseaux aveugles, mes pensées volent de travers,
Je ne rêve plus, aucune force ne peut m’emporter dans son vol.

J’ai envoyé des messagers vers les précipices et sur les falaises :
L’un d’eux m’a rapporté un arc-en-ciel du sourire des eaux,
Le second m’a ramené un diamant, le troisième a ramené le soleil,
Mais tous, en désespoir, car aucun ne put retrouver mon péché.

Je ne me plains pas dans l’obscurité de ce jour horrible,
Parce que la perte est plus importante que le pouvoir du deuil,
L’attente seule brille au fond de mes yeux élargis,
J’attends patiemment une maladie qui me donnera la mort,

J’ai perdu mon péché, je suis donc le plus misérable des mendiants,
La vie m’a même pris ma besace de pauvre…
Je fais des prières, je ne manque pas de louanges envers Dieu,
Je peux encore être un saint, si j’entre dans le giron de la sainteté.

Par conséquent, je chanterai des hymnes dans la foule
Des prêtres pharisaïques, excessivement fourbe dans mes prières,
Ou alors, que le Seigneur m’envoie un ange dans un bruit d’ailes,
Et m’aide à retrouver mon merveilleux péché parmi les rochers.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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