« Ballade à la lune », poème de Kornel Makuszyński

Juliette, Thomas Francis Dicksee, 1877

 

 

 

 

 

 

 

BALLADE À LA LUNE

Je ne suis ici qu’un ménestrel soûl,
Qui observe la nuit de travers,
Je cherche le sommeil depuis tant de nuits,
Ô, mon amante aux cheveux d’or !…
De mon chant fallacieux, je veux affoler
L’arc-en-ciel de tes mille rêves.
Je chante donc ici, dans le brouillard de la nuit,
Parce que je veux te déclarer ma flamme…
Alors, si dans un rêve horriblement ennuyeux,
Tu embrasses mes yeux…
Oh, réveille-toi ! puisque je suis là, pour toi,
Puisque je suis debout sous ta fenêtre…
Sors, même dans la nudité,
Et même nu-pieds,
Ô, mon amante aux cheveux d’or !

Sur le verre à reflets de tes vitres,
Je jetterai les rubis de mes mots,
Puisque je chante ici depuis cent nuits,
Je reviendrai encore mille fois.
Aie pitié ! Devant mes yeux, se déversent
Des brouillards horriblement gris,
Aie pitié, car sinon je vais fracasser
Ma guitare contre ces portes…
Aie pitié, ma chère amante,
Avant que ne tombe la rosée du matin…
Je pleure, un écuyer sanglote derrière moi,
Ô, mon amante aux cheveux d’or,…

Ah, sors, avant que le vieux roi ne revienne,
Et les cieux pointent déjà dans l’aurore,
L’écuyer de la Douleur va se lever pour la garde,
Ô, mon amante aux cheveux d’or !
La tragédie qui se joue sur ce théâtre,
C’est le plus beau de mes rôles :
Avant de pouvoir nous passer au fil de l’épée,
Le vieux roi tombera de douleur.
Ah, sors et serre-toi contre mon cœur,
Et en échange — sur ma foi ! —
Ton roi recevra une élégie, écrite
Avec beaucoup d’art et de rimes savantes.

Traduit par Chantal Lainé

CC BY-NC-SA

Texte original: Antologia Młodej Polski

Image domaine public: wikimedia

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